Soyez les bienvenus au Facebookistan !

Soyez les bienvenus au Facebookistan !

Augmentation, assurances, injonction, boycottage, manifestations et autres propos inquiétants

Il est où le problème ?

D’emblée, nous ne sommes pas réjouis par les augmentations des primes d’assurances liées au coût d’immatriculation des motos au Québec. Mais avant d’en appeler aux blocages des ponts et chaussées, au boycott des commerces ou encore au non-renouvellement de l’immatriculation de nos motos – un peu de réflexion s’impose dans le choix des moyens d’action.

D’abord, nous vivons en démocratie. De façon cyclique, les citoyens sont appelés aux urnes pour exprimer leur choix de représentants. Ces représentants sont ceux et celles qui « gouvernent ». Et gouverner, ça veut dire prendre des décisions … en principe pour le bien commun.

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Un peu d’histoire

Pour ceux et celles qui sont trop jeunes, ou trop inattentifs pour s’en souvenir, la Régie de l’Assurance Automobile du Québec a été créée par Madame Payette, alors ministre au sein d’un gouvernement Péquiste. Elle cherchait à l’époque à résoudre un problème de société. Il y avait sur nos routes un certain nombre de conducteurs qui roulaient sans détenir d’assurance – tant que c’est de la tôle qui est concernée, on peut le déplorer mais ça n’avait pas de conséquence sociale.

Le drame arrivait quand un tel conducteur causait un accident et blessait quelqu’un d’autre. De nombreux drames faisaient à l’époque les premières pages des journaux.

  • Une mère et ses enfants à la rue à cause d’un chauffard !
  • Fauché par un chauffard, il perd tout !

Car voyez-vous, les citoyens victimes de ces irresponsables n’avaient aucun recours.

  • Blessée dans un accident, incapable de travailler, sans revenu ni indemnité …
  • Handicapé à vie, sans aucune possibilité de poursuivre le fautif …

En d’autres mots, si quelqu’un était victime du comportement des irresponsables de la route, le destin allait irrémédiablement être une vie au crochet des services sociaux et du BS.

Et le gouvernement de l’époque avait fait le choix de rendre obligatoire, par le biais d’une société d’état, une couverture « universelle » et sans égard à la faute contre les dommages corporels. Entre les propos alarmistes de certains lobbyistes et la candeur sociocommunautaire des autres, la Régie de l’Assurance Automobile a été créée. Elle deviendra la  Société de l'assurance automobile du Québec (SAAQ), ou la SAA du Q, en 1990.

https://saaq.gouv.qc.ca/saaq/petite-histoire-saaq/version-accessible/

Et avec le temps, et les perceptions de l’époque, il y a eu catégorisation des motos. Et la ségrégation des motos dites « à risque » et l’établissement d’une tarification discriminante.

La liste des motos dites « à risque ».

La SAAQ a décrété qu'il fallait que chaque catégorie d'usagers de la route paye sa "juste" part de contributions, à la hauteur des indemnisations qu'elle versait.

https://saaq.gouv.qc.ca/fileadmin/documents/publications/liste-motos-risque-eleve.pdf

À l'époque déjà, les représentants des motocyclistes ont fait des représentations pour raligner les prétentions de la SAAQ.

" Il y a des écarts et des faussetés charroyées par la SAAQ dans l’élaboration de la tarification des contributions d’assurances aux motocyclistes. "

Les errances des ministres et de la SAAQ.

Source : (article du front commun motocycliste – 14 mai 2010)

https://www.newswire.ca/fr/news-releases/des-chiffres-trompeurs-de-la-saaq-dans-le-dossier-motocycliste-543791942.html

On se souviendra aussi des manœuvres choquantes du gouvernement à l’égard de la SAAQ.

« Au début des années 1990, la SAAQ n'avait pas de problème de déficit. Au contraire, elle avait un surplus accumulé de plusieurs milliards. Le gouvernement avait alors prélevé une partie de ce surplus, ce qui avait donné lieu à un recours collectif. »

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« Entre 1980 et 1990, période où le Parti québécois et le Parti libéral ont été portés au pouvoir, le gouvernement québécois a pigé 2,2 milliards de dollars dans la caisse de la SAAQ. Cette décision a laissé des traces indélébiles sur les finances de l’organisme, ce fut la plus grosse erreur de l’histoire de la SAAQ. »

Source : https://www.moutonnoir.com/2013/07/temoignage-quand-goliath-le-dessus-sur-david

Avance rapide jusqu’à aujourd’hui

Voilà que la progression des hausses de contributions d’assurance continue son chemin, tel que cela avait été « programmé » dès le début.

Il faut par contre rappeler ici le travail titanesque fait au fil des années par la Fédération Motocycliste du Québec (FMQ), le Comité d’Action Politique Motocycliste (CAPM), le Mouvement Escargot. Il me semble que tout cela est trop rapidement passé à la rubrique de l’oubli collectif. Pour avoir été proche des certains travaux réalisés par ces acteurs du milieu à une certaine époque, je peux affirmer qu’ils en ont sué un coup – avec ici et là quelques victoires. Et le tout face à une organisation qui n’a pas toujours joué franc jeu. Les « tables de concertation » et autres gestes de pseudo bonne volonté servaient souvent plus à essayer de nous faire digérer l’indigeste qu’à permettre de réelles discussions.

Ce sont près de 15 ans de travail acharné – souvent dans l’ombre et face à des interlocuteurs bien peu objectifs. Est-il nécessaire de rappeler les Journées du Loup, les opérations Escargot, les comparutions en commissions parlementaires et j’en passe – tant de dévouement et d’implication bénévole à essayer d’influer une machine gouvernementale (donc politique !).

Et puis voilà que tout d’un coup il y a comme un nouveau mouvement de contestation – à la sauce « réseaux sociaux ». Un brave type lance une pétition qui recueille plus de 60,000 signataires, une page Facebook qui cherche à réunir les motocyclistes dans un mouvement orchestré de contestation et des milliers de suggestions de gestes visant à changer le cap.

Vers demain pélerin

  • Mais où étiez-vous pendant les 15 dernières années ?
  • Quels gestes avez-vous posés pour soutenir ceux et celles qui nous représentaient ?
  • Que comprenez-vous des orientations de la SAAQ ?
  • Et qu’êtes-vous prêts à faire aujourd’hui ?

Et là, les motocyclistes se réveillent ?

Je sais que ce n’est pas agréable à entendre, mais nous coûtons plus cher à indemniser qu’une autre victime de la route.

La tarification d’assurance de la SAAQ, comme celle de toute compagnie d’assurance, est appuyée sur les études actuarielles des coûts d’indemnisation. Personne ne voudrait voir une situation où une victime de la route se ferait dire après quelques années;

« Désolé, il n’y a plus d’argent dans le compte qui sert à vous indemniser ».

La SAAQ doit gérer les contributions en fonction des indemnités à verser – point final.

Comme la SAAQ est souveraine dans sa gestion et l’administration de ce qu’elle juge nécessaire à remplir sa mission, c’est sa mission qu’il faut changer. Les modalités lui appartiennent – qu’on le veuille ou non. Mais on peut la forcer à changer les modalités en changeant sa mission. Et ça c’est un dossier politique !

  • On peut questionner la ségrégation de certains types de motos.
  • On peut questionner le principe de l’universalité.
  • On peut questionner la non reconnaissance des « bons » dossiers.
  • On peut …
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Là où ça m’inquiète

Soyez les bienvenus en 2019. Les réseaux sociaux sont le medium par lequel les citoyens s'expriment – pour le meilleur et pour le pire.

J’ai des inquiétudes. Pas tant face à la finalité de changer les choses, parce que ça va finir par changer un moment donné – pour le meilleur ou pour le pire.

Non, là où j’ai des inquiétudes, c’est quand je lis les propos de certains de nos confrères motocyclistes. Et ça tient de quatre ordres différents.

  • D’abord, la méconnaissance que plusieurs ont des dossiers qu’ils commentent.
    Il y a de nombreux, très nombreux motocyclistes qui font des affirmations totalement, mais totalement erronées. Avant de dire ou de commenter, de grâce, allez vous renseigner un peu.
  • Ensuite, la violence des propos de certains.
    Même entre nous, les commentaires sont désobligeants, empreints d’une désinvolture navrante et d’une totale absence de civisme. Mais en plus, certains incitent à poser des gestes qui sont à la limite du socialement acceptable – et si quelqu’un ose susurrer que la proposition est discutable, voire mauvaise, le flot des insultes assorties de quolibets intimidants déferle instantanément.
  • Aussi, l’illusion d’être le seul qui soit important
    Certains proposent de ne pas renouveler l’immatriculation de leur moto avant telle ou telle date;
    « ça va priver la SAAQ de revenus et ça va leur faire du travail supplémentaire – ils vont voir qu’on peut leur faire sentir notre importance ! »
    Ça changera rien à la SAAQ que quelqu’un plaque en juin ou en mai ou en septembre. Même si des milliers de motocyclistes le faisaient.
    Au pire, ça va jouer contre les motocyclistes parce que si les coûts d’indemnisation ne baissent pas, ça va faire moins de plaques sur lesquelles répartir les coûts d’où une augmentation future encore plus élevée.
    Ou pire encore; « je vais rouler pas plaqué ! »
    Il y a là un appel non pas à une forme socialement acceptable de contestation citoyenne, mais un appel à commettre une infraction au sens criminel de la chose.
  • Finalement, le nombrilisme égocentrique confronté au « collectif » d’une autre époque.
    Et c’est là que nous en arrivons au Facebookistan. À chacun sa seigneurie, son royaume, sa dictature;
    « C’est ça que je pense, fait que c’est de même que ça doit être ! »
    Et toi qui serais d’une opinion différente, bien t’as juste à te taire, parce que tu es nécessairement un imbécile. Je, me, moi !
    Et en même temps, on voit aussi l’autre extrême;
    « on bloque le pont xyz, on ferme la 20, on bloque telle ou telle ville parce qu’ils n’aiment pas les motos ! »
    Comme si d'emmerder les autres usagers de la route allait, comme par magie, faire changer la SAAQ de position…
    Et s'il y a un citoyen, ou pire un confrère motocycliste qui n’est pas d’accord, alors c’est qu’il n’est pas solidaire, c’est qu’il n’est pas un vrai.
    Donc nécessairement un ennemi.

Si c’est ça la révolution par les média sociaux, je m’en passerais bien.

Admettons que la mission de la SAAQ est collectivement bonne, et que ce sont les modalités qui doivent évoluer. Admettons que le principe de ségrégation doit être aboli. Et que plein d’autres revendications soient justifiées. Et qu’à un moment donné dans le temps, des changements positifs se produisent. Nous aurons gagné.

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Il y a du chemin à faire

Il n’en reste pas moins que dans la majorité des cas où une moto est impliquée dans un incident/accident sur la route, la moto est le seul véhicule impliqué – cela représente plus de 80% des cas. La seule façon, à terme, de faire baisser les primes, c’est l’amélioration du bilan. Et ce ne sont pas les autres qui sont en cause, c’est nous les motocyclistes qui sommes responsables de notre bilan – et de là, des coûts d’indemnisation. Régime publique ou privé, ça ne changerait rien.

Or, il n’y a que deux axes d’intervention qui sont reconnus mondialement comme ayant un effet sur l’amélioration du bilan routier motocycliste …

  • La formation (en continu)
    Dans toutes les juridictions où l’accès aux classes motocyclistes est contrôlé, il y a une corrélation directe entre le niveau de formation et l’amélioration du bilan. Plus les motocyclistes sont formés, moins ils sont impliqués dans des accidents.

     
  • L’accès graduel aux cylindrées (ou la puissance)
    En Europe, en général, le permis donne accès graduellement à des motos plus puissantes. Par ici, nous avons tendance à faire mention de la cylindrée, ailleurs on y fait référence, beaucoup plus justement, en termes de puissance. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle on voit fréquemment, du côté de la France par exemple, des motos dites « bridées » – c’est-à-dire dont la puissance est restreinte. Et une fois que le pilote a acquis l’expérience requise, il devient possible de la faire débrider.
    Soyons honnête, une moto moins puissante ou moins brutale, offre moins de chance de débordement – elle est aussi plus facile à contrôler et elle favorise ainsi l’acquisition progressive des habiletés nécessaires à piloter correctement.

On fait quoi maintenant ?

D’abord, se tenir informés, autant individuellement que collectivement. Ensuite, appuyer et participer, selon vos convictions, à un ou plusieurs des groupes qui sont susceptibles de nous représenter de façon constructive.

Que vous choisissiez: 

Fédération Motocycliste du Québec FMQ sur le web (https://www.fmq.ca/fr/) 
ou via Facebook https://www.facebook.com/FmqFederationMotocyclisteDuQuebec/

Le CAMP-E sur le web (https://capm.ca/fr/)
ou via Facebook https://www.facebook.com/comitedactionpolitiquemotocycliste.e/

ou la page du MDMQ Mouvement à la Défense des Motocyclistes du Québec
https://www.facebook.com/groups/2269470046599003/

Ou tout à la fois, il est important de supporter ces groupes.

Ensuite, être conscients que l’amélioration du bilan routier motocycliste, ça passe par chacun de nous. Arrêtons de jeter le blâme sur les autres.

À ce titre, je vous suggère de visionner ce vidéo de Pascal Fournier.

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(Dans ma tête en moto). – https://youtu.be/fp-GEkvLvH8

En même temps, pensez donc à rafraîchir vos connaissances. Prenez un cours, allez vivre une session sur piste, profitez des opportunités de réhabilitation printanière. Maîtrisez votre machine et apprenez à vous maîtriser vous-même. Je suis perpétuellement renversé par le nombre de motocyclistes qui ne savent pas freiner, qui ne savent pas se positionner sur la chaussée pour augmenter leur visibilité ou encore qui s’entêtent à « améliorer » l’esthétique de leur moto en minimisant la surface des clignotants, des feux de freinage ou des feux de position.

Finalement, soyons respectueux. D’abord entre nous, mais aussi envers les autres citoyens et les autres usagers de la route.

La perception, ça joue pour beaucoup dans les dossiers politiques !

Bonne saison,

Alain Labadie, Éditeur en chef

MagazineMoto.com